À l’occasion du 80ème anniversaire du 8 mai 1945, la Ville a souhaité rendre hommage à quatre Brignolais qui ont payé un lourd tribut pour la liberté, en marge de la cérémonie officielle. Une plaque commémorative a été dévoilée aux Censiés pour saluer la mémoire d’Ange De Nale. Elle a réuni autour du maire Didier Brémond, les habitants et la famille dont le maire de Tourves, Jean-Michel Constans fait partie.

Vendredi 9 mai, ont été inaugurées la place Jean-Ferrari et les rues Paul-Vauffrey et Louis-Weill au quartier La Tour. En parallèle, expositions, conférence, théâtre et projection cinématographique, ont permis une mise en lumière sur cette période afin de sensibiliser les plus jeunes en particulier à cet indispensable travail de mémoire.

Quatre hommes, quatre parcours
Ange De Nale
Ange de Nale, soldat brignolais est mort pour la France le 31 janvier 1945. Né en Italie, en Vénétie dans la petite commune de Mellame d’Arsié, il s’installe aux Censiés avec sa famille après un passage à Castellane. Il sera naturalisé français en 1939.
Lorsqu’il est en âge de combattre, Ange de Nale intègre le sixième régiment d’infanterie coloniale, unité créée en 1890 au sein des troupes de marine devenues en 1900 les troupes coloniales. Il avait fait le choix de la France libre, celle du Général du Gaulle, face à l’Italie Mussolinienne. Cette France qui en 1944 commençait à se reconstruire afin de se libérer, aux côtés des Anglais, des Américains et des Canadiens. Il participe alors activement, avec son régiment, à la bataille d’Alsace, qui dura de novembre 1944 à mars 1945. L’Alsace avait cette particularité qu’en 1940, elle avait été pleinement intégrée au Reich allemand.
Jean Ferrari
Jean Ferrari est né en 1895 en Corse. Après une enfance à La Seyne sur Mer et à l’école normale d’instituteurs de Draguignan, il est nommé instituteur à Monfort-sur-Argens puis à Brignoles, où il se marie au début des années 20. Syndicaliste, membre de la SFIO, il est mobilisé au début de la guerre de 39, puis il entre en résistance. Il fonde en février 1942 un groupe brignolais de résistance, le « réseau des Instituteurs » avec Henri Bertolucci (surnom : Lyon), Joseph Ducret (surnom : Dumont), Marius Brunet (surnom : Vins) et François Clavel (surnom : Sully). Il était quant à lui surnommé Élan. La mission première de ce groupe était de gérer la réception des parachutages. À la Libération, Jean Ferrari devint vice-président de la délégation municipale provisoire et participa à l’animation de diverses commissions.
Par la suite, aux élections municipales de mai 1945, il est à la tête de la liste qui regroupe le MLN (Mouvement de libération nationale, un parti créé en 1944 et qui réunit les Mouvements unis de la Résistance – MUR) ; et du Parti socialiste SFIO, Section Française de l’Internationale Ouvrière. Jean Ferrari est élu au deuxième tour des élections municipales ; élections au cours desquelles je le rappelle, les femmes ont pour la première fois le droit de participer. Jean Ferrari est donc désigné comme maire. Cependant, cette élection fut annulée par le conseil de préfecture – juridiction administrative qui sera supprimée en 1953 – en raison d’un texte de loi ancien, mais toujours en vigueur, interdisant aux instituteurs d’être élus dans leur commune d’exercice. Il fut remplacé par Jean Marcel.
Jean Ferrari décèdera le lundi 13 juillet 1970 à Brignoles. Il repose aujourd’hui à La Seyne sur Mer.
Paul Vaufrey
Né en 1905 à Saint-Claude, directeur au sein de la Société des mines Alais Froges et Camargue, société qui prendra le nom de Péchiney, il fut responsable du groupe clandestin Alliance dont le poste émetteur « Canari » fut caché dans la mine d’Engardin à La Celle. Engagé au sein du Front National de lutte pour la libération et l’indépendance de la France, mouvement de la Résistance intérieure française créé par le Parti communiste français en 1941). Il sera arrêté avec son camarade Bunet. Ce dernier sera déporté en Allemagne, mais réussira à sauter du train pendant son transfert. Paul Vaufrey quant à lui sera finalement relâché après plus d’un mois à la prison maritime de Toulon. À la Libération, il présidera le Comité municipal de Libération et aura pour vice-président… Jean Ferrari.
Il décède en 1975 à Villard-Saint-Sauveur dans le Jura où il repose aujourd’hui.
Louis Weill
Louis Weill avait commis un autre crime, tout aussi grave, si ce n’est pire aux yeux de l’occupant : il était de confession juive. Il faut rappeler quelques éléments de contexte. En 1940, la France est divisée en deux : les Allemands occupent sa partie Nord et la zone Sud, dite « libre », est dirigée par l’État français du maréchal Pétain, qui collabore avec les nazis. Cependant, en novembre 1942, les Allemands décident en représailles au débarquement allié en Afrique du Nord, d’occuper militairement l’ensemble du territoire français, à l’exception des Alpes-Maritimes, et d’une grande partie du Var dont Brignoles qui est alors occupée militairement par les Italiens qui le revendiquent. Cependant, avec la chute de Mussolini, les Allemands prennent en septembre 1943 le contrôle des territoires jusque-là occupés par l’Italie mussolinienne. Si cette dernière avait laissé une clémence relative à la population juive, il n’en est rien avec l’occupant allemand, qui souhaite pour sa part intensifier les rafles et les arrestations. Louis Weill, ancien combattant de la guerre de 1914-1918, devenu par la suite cafetier à Brignoles au bar central, fut dans ce contexte arrêté, parce que juif, par les Allemands le 1er décembre 1943 avant d’être déporté à Auschwitz où il mourut en 1944. Il avait 48 ans.

